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Maciré
Sylla est née à Conakry en 1970 dans une famille
de l’ethnie Soussou. Sa maman, une très jeune artiste, va
confier sa fille à la grand-mère, qui vit au village de
Tayiré, afin qu’elle assure son éducation. Situé
en lisière d’une forêt à la végétation
luxuriante, Tayiré est une bourgade de quelques centaines d’habitants,
qui surplombe une vaste plaine de rizières périodiquement
inondées s’étendant à perte de vue.
En Afrique de l’Ouest, les enfants et les adolescents ont l’habitude
de se réunir le soir après les diverses activités
de la journée. C’est l’occasion de parler, de rire,
de danser, de chanter, mais aussi de partager ses problèmes avec
les autres membres de sa classe d’âge (sèrè).
L’amour de Maciré pour la musique et la danse se manifeste
très tôt dans les jeux, au cours desquels elle a l’occasion
de se mesurer aux autres enfants de son village.
À l’âge de dix ans, à la demande
de sa mère, elle retourne à Conakry pour y poursuivre ses
études. C’est à cette époque qu’en compagnie
d’une camarade, elle découvre le ballet Soleil d’Afrique.
Ce sera une révélation pour la jeune fille qui quittera
les bancs d’écoles peu après pour se consacrer à
l’apprentissage intensif de la musique et de la danse. D’abord
réticente, sa mère ne peut que s’incliner devant la
détermination de Maciré, et elle finit par accepter le chemin
que s’est choisi sa fille.
Les corps de ballets sont très nombreux à Conakry. Le président
Sékou Touré avait mobilisé toute la nation autour
d’une idée révolutionnaire : chaque Guinéen
se doit d’exercer un art traditionnel tel que la danse, le chant
ou la musique. De jeunes talents sont recrutés dans tout le pays
et pratiquement contraints d’émigrer dans la capitale, où
s’organisent de féroces compétitions entre les différents
ballets et orchestres régionaux. Les artistes du ballet national
Djoliba, le plus célèbre du pays, sont ainsi logés
par le président et répètent dans son palais sous
son œil attentif.
La culture guinéenne connaît alors un véritable rayonnement
dans toute l’Afrique occidentale. Ce sont des artistes guinéens
qui donneront d’ailleurs naissance aux ballets du Sénégal
ou de la Côte-d’Ivoire, pour ne citer que ces deux exemples.
Chaque pièce est chorégraphiée et mise en scène
afin de s’intégrer à un véritable ballet théâtralisé,
constitué de divers tableaux, et censé évoquer les
différentes traditions des sociétés agraires. Ces
tableaux s’articulent autours d’une histoire singulière.
Des thèmes comme le Bois sacré, l’Orpheline ou l’Amour
déçu deviennent ainsi des classiques de ces spectacles de
ballet.
Les jeunes recrues se forment et partagent un idéal de beauté,
une immersion à la source de tous les mythes et mystères
fondateurs de leur histoire. Maciré Sylla deviendra rapidement
l’interprète principale du ballet Soleil d’Afrique.
Après les répétitions, elle se rend régulièrement
aux sabar, doundoumba et autres événements musicaux ponctuant
la vie quotidienne des habitants de Conakry. Chaque jour, elle chante
et danse jusque tard dans la nuit, gagnant ainsi de quoi subvenir à
ses besoins et à ceux de sa famille.
Lors des sabar organisés dans le cadre des cérémonies
de mariage, de nombreux hommages sont rendus aux époux, à
leurs familles et à leurs invités de marque. À cette
occasion, un orchestre est toujours présent, généralement
composé de guitares, de balafons, d’une batterie, et de diverses
percussions – le nom de sabar est d’ailleurs à l’origine
celui d’un tambour wolof du Sénégal. Le répertoire
du sabar est essentiellement constitué d’anciennes chansons
faisant référence à l’histoire des familles
qui s’allient, de conseils prodigués aux jeunes mariés
et à leurs amis, ou encore et surtout d’airs populaires en
vogue.
Cette manifestation festive est l’expression urbaine des tendances
musicales du moment : un véritable creuset, où se mêlent
tradition et modernité, et qui demeure une des principales sources
d’inspiration de nombreux chanteurs à l’écoute
de leur temps. C’est à cette école que Maciré
Sylla a été formée : sa notoriété de
chanteuse a débuté dans la rue à Conakry, en dehors
des grands orchestres professionnels tels que les Ambassadeurs, les Amazones
de Guinée ou le Benbeya Jazz.
Bien qu’elle ne soit pas issue d’une famille de griots, Maciré
Sylla est aujourd’hui reconnue par les Guinéens comme une
chanteuse populaire et, qui plus est, comme une chanteuse ayant su faire
entendre la voix des « artistes » (par opposition à
celle des griots). En effet, la musique était longtemps restée
l’apanage de musiciens mandingues (malinké en Guinée),
et plus particulièrement des griots. Il est très rare qu’un
interprète d’origine soussou – dont la culture est
historiquement liée à l’empire mandingue, mais pas
reconnue en tant que telle par les Malinké – soit reconnu
comme artiste, et encore plus sur la scène internationale.
En 1989, lors d’un concours organisé à Conakry, Maciré
Sylla est remarquée par Bruno Camara, fondateur d’Africa
Djolé, le premier groupe de percussions d’Afrique de l’Ouest
à s’être fait reconnaître en Europe. Il la sélectionne
pour son groupe Fatala, qui, de 1988 à 1992, sera basé aux
Pays-Bas, d’où il effectuera de nombreuses tournées
dans le monde entier.
À son retour en Guinée, Maciré fait la connaissance
de Cédric Asséo, un musicien suisse qui deviendra son mari.
Ensemble, ils fondent en 1994 l’ensemble Djembé-Faré,
dont le nom signifie « la danse du tambour ». Leur premier
disque, Mariama, paru en 1997, connut un immense succès dans toute
l’Afrique de l’Ouest (200 000 exemplaires vendus en trois
mois !). Le résultat est que, l’année suivante, Maciré
fut sacrée meilleure chanteuse de Guinée. Le deuxième
CD du groupe, Maya Irafama, voit le jour en 2000 et est aussi largement
applaudi.
Ce nouvel album, Sarefi, « la récompense » confirme
une démarche qui est en train de s’imposer sur la scène
internationale, tout en confirmant le talent, la volonté et la
persévérance des artistes qui l’ont créé.
L’association des instruments utilisés (balafon, percussions,
flûte, clavier, basse, guitare et batterie) n’est pas en soi
nouvelle. Ce qui singularise cette musique, c’est d’une part
la langue soussou dans laquelle s’exprime Maciré Sylla, et
d’autre part le travail exigeant de composition et d’arrangement
qui constitue la griffe de Maciré et de Cédric. Fruit d’une
inspiration et d’un travail communs, il affirme bien cette rencontre
entre deux personnes, entre deux cultures, à la croisée
de diverses traditions.
Cédric Asséo est un musicien
et compositeur d’origine suisse, né à Genève.
Après avoir suivi une formation classique et de jazz en Suisse
et au Brésil, où il a vécu près de huit ans,
il met le cap sur l’Afrique de l’Ouest (Guinée, Mali,
Burkina-Faso notamment). En 1992, lors d’un séjour de huit
mois en Guinée Conakry, il a l’occasion d’approcher
les plus grands percussionnistes des ballets nationaux, et en particulier
Fadouba Oularé, Gbanworo Keïta, Mamady Keïta et Famoudou
Konaté. C’est à cette occasion que Cédric fait
la connaissance du flûtiste Mamady Mansaré, qui l’initie
au jeu de cet instrument, ainsi qu’aux sources de la musique mandingue.
Cette rencontre allait être décisive : elle orientera et
constituera la base d’un nouveau style musical, aux couleurs nuancées
et métisses.
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