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L’ensemble
Kaboul se consacre à la musique traditionnelle afghane. Il a été
fondé en 1995 à Genève, dans le cadre des Ateliers
d’ethnomusicologie, par Hossein Arman, chanteur anciennement réputé
en Afghanistan, aujourd’hui contraint à l’exil par
la situation politique de son pays. À ses côtés, son
fils Khaled, jeune joueur de rubâb et responsable artistique de
l’ensemble, et son cousin Osman, flûtiste d’une grande
sensibilité, constituent avec lui le "noyau dur" de l’ensemble.
Afin de perpétuer et de développer leur art dans le contexte
de l’émigration, ces trois musiciens se sont assuré
pour ce CD la participation des meilleurs spécialistes en la matière
: tout d’abord Ustad Malang Nedjrabi, le grand maître du tambour
zirbaghali, fraîchement débarqué de Peshawar, au Pakistan,
et, hélas, entretemps décédé ; puis Yusuf
Mahmood, descendant de la plus prestigieuse lignées afghane de
joueurs de tabla, aujourd’hui établi à Londres ; Taher
Hakami, jeune chanteur doté d’un talent naturel remarquable
; et enfin Paul Grant, d’origine américaine, qui réintroduit
ici l’usage du santûr, un instrument à cordes frappées
qui avait disparu de la pratique musicale afghane.
Pays multi-ethnique, l’Afghanistan offre une grande diversité
musicale, dont l’ensemble Kaboul présente une véritable
mosaïque haute en couleurs et en émotions. Son répertoire
comporte des chants d’amour, de fête et de mariage, ainsi
que de brillantes prestations instrumentales propres à mettre en
valeur une palette de timbres particulièrement chatoyante. A la
région de Mazar-i-Sharif, dans le nord du pays, il emprunte les
mélodies aériennes et les chants inspirés des bardes
tadjiks ; à Hérat, proche de la frontière iranienne,
ses subtiles compositions instrumentales ; à Jalalabad et à
Logar, dans le sud, leurs airs de fête extatiques, où les
envolées de la flûte tulak sont rythmées par des percussions
virtuoses ; à la capitale Kaboul enfin certaines de ses mélodies
les plus populaires.
Comme la plupart des musiques orientales, le répertoire de l’ensemble
Kaboul est basé sur un corpus traditionnel de modes mélodiques
(râg) et de cycles rythmiques (tâl, parfois aussi appelés
zarb). La notion de râg n’est cependant jamais très
explicite dans la musique populaire afghane ; elle n’est par exemple
pas aussi clairement définie que dans la tradition savante hindoustanie,
et les râg signalés dans les enregistrements ont été
déterminés, souvent par analogie, grâce à la
compétence de l’ethnomusicologue John Baily. Quant aux tâl
qui apparaissent dans ces enregistrements, ce sont les trois principaux
de la musique afghane, soit Gedah, à 8 ou 4 temps (matra), Mogholi,
à 7 temps, et Dâdrah, à 6 temps, ainsi que le classique
Tîntâl, à 16 temps, de l’Inde du Nord, sur lequel
est construit le solo d’Ustad Malang (plage 14).
Ce disque illustre bien l'intention de la collection ETHNOMAD, qui est
de démontrer le dynamisme dont témoignent bon nombre de
traditions musicales, que ce soit dans l’exil ou l’émigration
volontaire ou encore, comme depuis toujours, en leur terre coutumière.
Les exigences de rigueur technique imposées par le monde moderne
sont ici mises au service d'une créativité qui s'inscrit
dans la veine la plus traditionnelle. La démarche de l'ensemble
Kaboul allie ainsi un profond respect du patrimoine musical afghan, y
compris toutes les influences qu’il a intégrées au
cours des siècles, à un certain nombre de caractéristiques
qui lui sont propres.
Son répertoire puise au fonds classique et populaire des différentes
régions d'Afghanistan, mais l’interprétation qu’il
en donne est affinée par les arrangements très soignés
de Khaled, qui les transforme en de véritables joyaux, dont l'éclat
illumine les mélodies et les rythmes traditionnels d'un lustre
nouveau. Le "son" de l'ensemble Kaboul se caractérise
par le mélange unique entre les timbres du rubâb et du santûr,
ce dernier ayant rarement été utilisé en Afghanistan,
et en tout cas pas depuis plus de quarante ans. La rencontre des instruments
de percussion, le tabla d'origine indienne et le zirbaghali, proche du
zarb iranien et de la darbouka arabo-turque, contribue également
à créer une synthèse exceptionnelle entre ces deux
sphères d'influence majeures de la musique afghane.
L'ensemble Kaboul se signale en outre par un travail remarquable en ce
qui concerne la facture instrumentale : Khaled Arman a conçu un
rubâb dont le manche est pourvu de frettes supplémentaires,
qui donne à son registre aigu une clarté de timbre et une
précision optimales ; Paul Grant a pour sa part conçu et
réalisé un santûr chromatique permettant de produire
tous les tons des mélodies afghanes ; quant à Ustad Malang
Nedjrabi, il a non seulement été le grand rénovateur
de la technique du zirbaghali, mais il a également transformé
l'instrument afin d'en améliorer la sonorité, d'une part
en remplaçant la poterie de son fût par le bois de murier,
et d'autre part en adaptant un système de tension réglable
de la membrane. Ce disque témoigne de l’inspiration constante
qu’il a su communiquer à ses derniers partenaires - il n’allait
pratiquement plus jouer après ces enregistrements - et il est tout
naturellement dédié à la mémoire de ce grand
maître.
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